Ciceron

Une âme courageuse et grande


 

« On reconnaît une âme courageuse et grande, à ce que dit Cicéron, surtout à deux choses, d’abord au mépris qu’elle a des choses extérieures dans la conviction où elle est que l’homme ne doit rien admirer, souhaiter ni rechercher que l’honnêteté et la convenance, et qu’il ne doit céder ni aux hommes, ni aux passions, ni à la fortune ; ensuite, quand on a cette qualité d’âme dont j’ai parlé, à ce qu’on accomplit de grandes actions sans doute et très utiles, mais surtout pleines de difficultés et de labeurs qui mettent en danger la vie même et bien des choses qui servent à la vie ; c’est dans celle-ci qu’apparaît tout l’éclat de cette vertu, toute sa grandeur, et j’ajoute son utilité ; mais c’est dans celle-là qu’est la cause et le principe qui fait la grandeur des hommes ; en elle est ce qui fait les âmes supérieures et leur inspire du mépris pour les choses humaines. Un trait enfin leur est commun : juger que seul l’honnête est le bien, être affranchi de toute passion. Tenir pour peu de choses ce que la plupart des hommes trouvent remarquable et magnifique, voilà, il faut le croire, le fait d’une âme courageuse et grande ; supporter les tristesses si nombreuses et si diverses dans la vie et destinée des hommes, de façon à garder une contenance naturelle et à ne pas se départir de la dignité du sage, cela appartient à une âme forte et constante. C’est n’être pas d’accord avec soi-même que de se laisser dompter par ses désirs, quand on n’est pas abattu par la crainte, ou d’être vaincu par le plaisir, quand on s’est montré invincible dans les épreuves. Aussi faut-il se garder du plaisir et échapper à la cupidité. Rien ne marque plus une âme mesquine et bornée que l’amour des richesses ; rien n’est plus beau et plus noble que de mépriser l’argent, si l’on n’en a pas, et, si l’on en a de le faire servir à la bienfaisance et aux libéralités. Il faut aussi se garder du désir de la gloire, comme je l’ai déjà dit ; ce désir nous enlève cette liberté qui doit être pour des hommes à l’âme haute tout l’objet de leurs luttes. Il ne faut pas rechercher le pouvoir suprême, il faut parfois le refuser et quelquefois s’en démettre. Mais il faut être exempt de toute passion de l’âme, du désir et de la crainte aussi bien que de la peine, du plaisir et de la colère pour que viennent en l’âme la tranquillité et l’assurance qui apportent avec elles constance et dignité. »

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