Le Banquet

Le Banquet de Platon


Et moi, d’entendre ainsi parler, je fus émerveillé :
« Grands Dieux ! m’écriai-je : est-ce qu’il en est de cela,
très savante Diotime, véritablement ainsi ? »
Elle alors, pareille aux princes de la science :
« N’en doute point, Socrate dit-elle. Car justement
les hommes eux-mêmes, si sur leur ambition tu consens
à porter ton regard, tu sera confondu de son absurdité ; à
moins que tu ne réfléchisses à ce que je t’ai dit et que
tu ne médites sur l’étrange état où les met l’amour de la
renommée, le désir de se ménager pour l’éternité
du temps une gloire immortelle. Pour cette fin,
ils sont prêts à courir tous les périls les plus périlleux,
plus encore que pour leurs enfants, à dépenser leur bien,
à endurer de dures fatigues quelles qu’elles soient,
à mourir pour l’atteindre ! Car penses-tu, dit-elle,
qu’Alceste aurait voulu mourir pour Admète,
Achille mourir aussitôt après Patrocle, votre Codros
Devancer la mort pour assurer le trône à ses descendants,
S’ils n’avaient pensé qu’un immortel souvenir,
Celui que nous leur gardons aujourd’hui, leur
Appartiendrait personnellement, en considération
De leur mérite ? Il s’en faut de beaucoup ! conclut-elle ;
Bien au contraire, c’est pour que leur mérite ne meure pas,
C’est pour un tel glorieux renom, que tous les hommes
Font tout ce qu’ils font, et cela d’autant plus que meilleurs
Ils sont. C’est que l’immortalité est l’objet de leur amour !
Cela étant, dit-elle, ceux qui sont féconds selon le corps
Se tournent plutôt vers les femmes, et leur façon d’être amoureux
C’est, en engendrant des enfants, de se procurer à eux-mêmes,
Pensent-ils, pour toute la suite des temps, le bonheur d’avoir un nom
Dont le souvenir ne périsse pas. Quant à ceux qui sont féconds selon
L’âme…, car en fait, il en existe, dit-elle, dont la fécondité réside
dans l’âme, à plus haut degré encore que dans le corps, pour tout
ce dont il appartient à une âme d’être féconde et qu’il lui appartient
d’enfanter. Or, qu’est-ce, cela qui lui appartient ? C’est la pensée,
c’est toute autre excellence ! de ces hommes, féconds selon l’âme,
sont précisément tout les poètes qui sont à cet égard générateurs, et,
parmi les patriciens des arts, tout ceux dont on dit qu’ils sont inventeurs.

Fait à Neuilly le 19 Fév. 2012

Fabrice Duniach

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