Les oies sacrées

Parce qu’il n’y avait ni homme ni chien qui les eût ouïs.
Mais il y avait des oies sacrées que l’on nourrissait
Autour du temple de Junon, et leur donnait-on en autre
Temps à manger largement, mais lors, parce qu’à
Male-peine avait-on vivres pour les hommes, encore
Bien étroitement, on n’en faisait pas compte et les
Traitait-on fort mal. Or est-ce une bête qui a naturellement
Le sens de l’ouïe fort aigu et est fort peureuse de sa nature,
Et celles-là, pour la faim qu’elles enduraient, étaient
Encore plus réveillées et plus facile à effrayer ; à l’occasion
De quoi elles sentirent incontinent la surprise des Gaulois,
Et se prirent à courir et crier contre eux, tellement qu’elles
Eveillèrent ceux du château ; avec ce que les Gaulois, voyant
Qu’ils étaient découverts, ne se gardèrent plus de faire bruit,
Mais y allèrent le plus effroyablement qu’ils purent. Les Romains,
Oyant l’alarme, prirent chacun le premier bâton qu’ils trouvèrent
Promptement à leur main, et coururent soudainement au secours
Là par où ils entendaient le bruit, entre lesquels le premier de tous
Fut un Manlius, homme consulaire, fort et robuste de sa personne,
Et ayant le cœur de même, lequel, s’adressant à deux des Barbares
Ensemble, ainsi comme l’un haussait une hache pour lui en donner
Sur la tête, lui prévint et lui coupa le poing avec son épée, et heurta
L’autre au visage avec son écu si rudement qu’il le fit trébucher
En arrière au long du rocher.

Fait à Neuilly le 17 Fév. 2012

Fabrice Duniach

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